Mise à jour du 20 octobre 2026. La réforme annoncée en juin a désormais un nom et un calendrier. Le 22 septembre 2026, la CNAM a annoncé un avenant n° 4 consacré au modèle économique de l’officine, distinct de l’avenant n° 3, qui porte sur OSyS, la prise de la tension artérielle et les entretiens pour le diabète de type 2 (FSPF, 22 septembre 2026). La CNAM a reçu la FSPF le 15 octobre pour lancer les travaux préparatoires, et la négociation est prévue dans la première quinzaine de novembre, selon le calendrier proposé par l’Assurance Maladie. L’USPO demande que l’avenant n° 4 soit conclu au plus tard à la mi-2027. Les chiffres à sortir de vos comptes avant l’avenant n° 4.

Le 22 juin 2026, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) est sortie d’une réunion au ministère de la Santé consacrée à l’avenir économique de l’officine, et le message qu’elle en rapporte est sans ambiguïté : la réforme du mode de rémunération est désormais engagée, avec un calendrier. Dans la continuité du rapport IGAS-IGF, l’objectif affiché par l’USPO est un avenant structurel pour 2027 qui décorrèle la rémunération des volumes de médicaments. Voici ce qui se joue concrètement, et ce qu’un titulaire a intérêt à anticiper dès maintenant.

Du rapport à la réforme : une réunion qui change de phase

Selon Le Moniteur des pharmacies, la réunion a rassemblé au ministère les deux syndicats représentatifs, l’Assurance Maladie, la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), des conseillers ministériels et le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, en poste depuis octobre 2025. Le président de l’USPO, Pierre-Olivier Variot, en a rendu compte publiquement. La réunion s’inscrit dans la suite directe du rapport conjoint IGAS-IGF, daté de janvier 2026 et mis en ligne le 7 mai 2026.

Le glissement est important. Pendant des mois, la dégradation de l’économie officinale a été un sujet de constat : excédent brut d’exploitation en recul de 11 % entre 2013 et 2023 (rapport IGAS-IGF), parc repassé sous les 20 000 officines, à 19 990 au 1er janvier 2026 (Ordre national des pharmaciens). Cette réunion fait passer le dossier du constat à la négociation. Pour un titulaire, cela veut dire que les règles de rémunération de son officine vont bouger sur un horizon désormais daté, et non plus hypothétique.

La décorrélation des volumes, enfin à l’agenda

Le cœur de la réforme annoncée est un avenant structurel, visé par l’USPO pour 2027 et devenu depuis l’avenant n° 4 à la convention pharmaceutique, portant sur le mode de rémunération des officines et son intégration dans le système de soins. Le principe directeur, rappelé par l’USPO, est la décorrélation de la rémunération des volumes de médicaments, une demande de longue date des syndicats. La lettre de cadrage adressée à l’Assurance Maladie le 4 septembre 2026 demande d’ailleurs une rémunération marquée par une « moindre dépendance aux volumes de boîtes délivrées et aux prix des médicaments » (Vidal, 17 septembre 2026).

Ce principe répond directement au constat chiffré du rapport IGAS-IGF : en ajoutant aux honoraires à la boîte les remises et la marge réglementée, 71 % de la rémunération du pharmacien sur les médicaments remboursés restait indexée sur le volume de boîtes en 2024 (rapport IGAS-IGF). Tant que cette part reste majoritaire, la santé financière de l’officine dépend de ce qui se vend plutôt que de ce qui se soigne. La réforme vise à inverser cette logique. La conséquence pour le titulaire est claire : la valeur d’une officine se mesurera de plus en plus à son activité de soins, et de moins en moins à son volume de boîtes.

Une négociation conventionnelle rapide sur les actes techniques

Avant l’avenant structurel, l’USPO indiquait en juin qu’une négociation conventionnelle devait s’ouvrir dans les mois suivants sur des actes techniques précis : l’orientation dans le système de soins (OSyS), le dépistage de l’hypertension artérielle (HTA), les interventions pharmaceutiques et l’accompagnement du diabète. C’est désormais l’objet de l’avenant n° 3, centré sur OSyS, la prise de la tension artérielle et les entretiens pour le diabète de type 2, dont la première séance de négociation s’est tenue le 6 octobre 2026 (FSPF, 22 septembre 2026 ; Le Pharmacien de France, 9 octobre 2026).

Ces leviers ne partent pas de zéro. OSyS, qui autorise le pharmacien à prendre en charge ou à orienter le patient pour des situations courantes, est entré le 1er janvier 2026 dans une période transitoire de douze à dix-huit mois, sa généralisation en droit commun restant suspendue à un décret en Conseil d’État et à un arrêté (Revue Pharma ; Ordre national des pharmaciens). La mesure de la pression artérielle par le pharmacien d’officine est, elle, inscrite dans le code de la santé publique par la loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026, mais sa rémunération n’est pas encore fixée : elle relève de la négociation de l’avenant n° 3 (Ordre national des pharmaciens ; Le Quotidien du pharmacien, 8 septembre 2026 ; FSPF, 22 septembre 2026). Ces actes sont la préfiguration concrète du modèle de demain : une rémunération à l’acte de soins, indépendante du volume vendu. Le titulaire qui s’y prépare dès aujourd’hui se positionne sur la grille qui comptera dans la réforme.

Transparence des remises et produits chers : les deux autres fronts

Deux chantiers complètent le tableau. D’abord la transparence : l’USPO évoquait en juin des inscriptions dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) sur les déclarations transmises au Comité économique des produits de santé (CEPS) et sur le rôle des groupements. Le PLFSS 2027, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, rejeté en commission et examiné en séance à l’Assemblée nationale depuis le 20 octobre, reste un projet : son article 10 définit les groupements de pharmacies et leur impose des obligations envers l’Ordre ; la présentation qu’en fait l’Ordre ne mentionne pas de déclaration des remises au CEPS. Ce chantier prolonge une recommandation du rapport IGAS-IGF, qui estime que les remises et prestations des fabricants de génériques représentent entre 35 % et 67 % de leur chiffre d’affaires hors taxes, versés aux grossistes-répartiteurs, aux groupements et, pour la plus grande part, aux officines.

Ensuite, les produits chers : l’USPO indiquait avoir alerté les pouvoirs publics sur la problématique spécifique des médicaments coûteux. La marge réglementée est dégressive : son taux tombe à 0 % au-delà de 1 930 euros de prix fabricant hors taxes, si bien qu’elle plafonne à 97,65 euros par boîte, quel que soit le prix (arrêté du 4 août 1987, annexe I-2). Or les médicaments dont le prix fabricant dépasse 150 euros représentaient 44,24 % des ventes de médicaments remboursables en 2025, selon le Conseil de gestion pharmacie. Les médicaments onéreux pèsent lourd en trésorerie et en risque pour l’officine sans rémunération proportionnée. Ces deux fronts montrent que la réforme ne se limite pas aux honoraires : elle touche aussi la mécanique d’achat et de marge.

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Le calendrier qui se dessine

Échéances de la réforme de la rémunération officinale, au 20 octobre 2026
ÉchéanceContenuHorizon
Enquête de représentativitéMesure de l’audience syndicale, déterminante pour la négociationAnnoncée par le ministère en juin 2026
Avenant n° 3Actes techniques : OSyS, prise de la tension artérielle, entretiens pour le diabète de type 2Première séance de négociation le 6 octobre 2026
PLFSS 2027Projet : article 10 sur les groupements et leurs obligations envers l’OrdreRejeté en commission, en séance à l’Assemblée depuis le 20 octobre 2026
Avenant n° 4Réforme du mode de rémunération, décorrélation des volumesTravaux préparatoires le 15 octobre 2026, négociation prévue dans la première quinzaine de novembre, conclusion demandée par l’USPO au plus tard à la mi-2027
Sources : Le Moniteur des pharmacies, 22 juin et 22 septembre 2026 ; FSPF, 22 septembre et 16 octobre 2026 ; Le Pharmacien de France, 9 octobre 2026 ; Ordre national des pharmaciens, 8 octobre 2026.

« Le modèle économique de l’officine a atteint ses limites »

Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, Le Moniteur des pharmacies, 11 mars 2026

Ce que vous devez faire, et dans quel ordre

Action 1 : mesurez dès maintenant votre exposition aux volumes

Une réforme qui décorrèle la rémunération des volumes pèsera d’abord sur les officines les plus dépendantes des volumes et des remises. N’attendez pas le texte pour savoir où vous en êtes : isolez la part de votre marge qui vient encore de la vente de médicaments, et celle qui vient des honoraires et des actes.

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Action 2 : montez en charge sur les actes déjà rémunérés

TROD, entretiens et bilans partagés de médication, et OSyS pour les officines qui participent au dispositif, ne sont pas de simples options : ils sont la maquette du futur modèle de rémunération, que la mesure de la pression artérielle rejoindra une fois sa rémunération négociée. Chaque acte déployé aujourd’hui installe une part de revenu indépendante du volume vendu. Cartographiez les actes que votre officine ne propose pas encore et planifiez leur montée en charge.

Action 3 : suivez le calendrier conventionnel et la représentativité

L’enquête de représentativité, annoncée par le ministère en juin 2026, mesurera l’audience de chaque syndicat et pèsera sur la négociation qui fixera votre rémunération de demain. À ne pas confondre avec le renouvellement des URPS, repoussé le temps de réformer leur mode de scrutin : un décret du 30 avril 2026 a prorogé les mandats actuels jusqu’au 31 octobre 2027. Tenez-vous informé des deux échéances, et suivez trimestre après trimestre la part de votre marge issue des actes. L’officine qui pilote cette bascule en avance aborde 2027 avec une longueur d’avance.

Passer du constat à l’action

La réforme vise à décorréler la rémunération des volumes. Où en sont vos comptes ?

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